Re : L'audiovisuel public et la Constitution
Art et Liberté
RODIN Nous disait :
« Je ne crée pas, je vois
et c'est parce que je vois
que je suis capable de faire. »
Sommes-nous capables de voir ? Sommes-nous capables de créer ? sommes-nous capables de regarder ? Sommes-nous libres de nos actes ? Sommes-nous tous plus ou moins aveugle ? sommes-nous dégagés de nos préjugés ? Vivons-nous dans une société qui libère nos esprits ?
Mais à quoi peut-on reconnaître une société vraiment libre ?
D’abord à son sens de l’homme et de la vie humaine, à sa prise en considération des joies, des peines et des souffrances des hommes.
Pour son goût et sa pratique de la tolérance. Puisque tout homme est revêtu d’une éminente dignité, une société qui se dit libre doit accepter que se déploient et s’épanouissent sans entrave : les idées, les croyances, les philosophies et les arts qui naissent des réflexions et des expériences des hommes et des femmes.
L’art, à tous les degrés de son développement, a pour but l’ennoblissement de l’existence, depuis les industries élémentaires qui, en façonnant la matière brute, ont donné à l’homme des modes pour s’abriter, se vêtir et se nourrir, jusqu’au plus complet, au plus élevé des arts, l’art poétique.
Cet art qui exprime, dans les nuances les plus délicates, les passions du cœur, les agitations de l’esprit, cet art opère une sorte de créativité humaine, et arrive de proche en proche, par la perfection de forme, au mouvement de la pensée, c-à-d à la liberté.
Quand, à la voix d’Erwin de Steinbach*-(l’Architecte de la cathédrale de Strasbourg)-, l’informe bloc de pierre se taille, se range, se combine, monte en pilier, se courbe en arceaux, s’arrondit, s’enroule en spirales, se découpe en feuilles et en fleurs ;
Quand le ciseau de Phidias**-(Il a supervisé les travaux de l’Acropole)-, guidé par le génie évocateur, sculpte dans l’ivoire muet le front radieux et la lèvre éloquente de la sagesse grecque ;
Quand Michel-Ange, saisit son pinceau et fait apparaître sur un pan de mur froid et nu la figure dominatrice du Verbe éternel, devant laquelle s’inclinent en adoration les populations subjuguées ;
Quand Mozart, par le rythme imprévu de quelques sons solennels, jette dans tous les cœurs les effrois du coupable à l’approche de la justice vengeresse ;
Quand Shakespeare, fait couler nos larmes sur les douleurs fictives d’Ophélie et de Desdémone.
Quand Marie-Adélaïde Deraisme organise avec Léon Richer en août 1878, le premier congrès international du droit des femmes, où elle déclare : « la Femme est une personne. Partant de là, une force, une liberté. Or, on n’anéantit pas une force, une liberté.
Quand Louise Michel pendant la commune, s’engage comme garde, dans le 61ème bataillon et préside aux destinées du club de la révolution, avant d’être condamnée à la déportation.
Certes, je peux dire sans trop d’exagération que ces femmes et ces hommes investis d’une puissance suprême, ont CRÉÉ en tirant du chaos, des formes libres, matérielles ou intellectuelles, conçues dans leurs pensées.
Se demander, si l’art agit favorablement ou défavorablement sur les mentalités d’un peuple, s’il doit être encouragé ou rejeté par un gouvernement dit de « sage », ce serait un point de vue bien étroit.
Si l’art a ses erreurs et ses défaillances (nulle chose humaine ne s’en voit exempte), il n’en est pas moins d’origine sacrée.
Tous les mythes, toutes les histoires, nous le montrent inspiré par ce qu’il y a de plus sublime dans l’esprit.
Tantôt il rend la Divinité présente au milieu des mortels en lui édifiant des enceintes et en lui donnant des formes visibles ;
Tantôt il apaise le rugissement des instincts féroces et réunit à sa voix magique les hommes dispersés ;
Tantôt il honore la sépulture des héros ou fixe en traits durables l’image des êtres aimés ;
Tantôt il libère des hommes ou des femmes, enchaînés dans leurs vérités.
Mais toujours, partout, il encourage chez ces mêmes hommes, chez ces mêmes femmes, des enthousiasmes qui peuvent les rendre meilleurs.
O liberté cachée à l’enfance du monde sous de mystérieux symbole, apparue à sa jeunesse sous des voiles transparents, révélée enfin à sa maturité par la parole, celle des Socrate, Fénelon, Luther, Bacon, Montesquieu, Condorcet, Washington, jusqu’à quand l’Homme t’outragera-t-il de ses stupides défiances ? Jusqu'à quand ses superstitions souilleront-elles ton cœur.
Vouloir être libre aujourd’hui, c’est encore, se condamner à être seul. Le culte de la liberté, liberté de créer, est encore le culte d’un bien petit nombre d’hommes isolés. C’est une religion individuelle, un protestantisme sévère qui satisfait la raison, mais qui laisse le cœur en souffrance. Il en sera ainsi tant que ce culte ne deviendra pas universel, tant que nos institutions n’auront pas rendu sensible à tous, la doctrine de la vérité et de la vie.
Il faut lire dans l’histoire du passé la certitude des temps à venir. Le génie humain, retenu à l’origine, comme emprisonné dans le cerveau d’un seul homme, qu’il soit Bouddha, Confucius ou Moïse, est sorti peu à peu de cette prison étroite ; il a parlé dans des nations entières ; la Grèce et l’Italie lui ont servi d’organe ; puis grandissant en force, il a franchi ces bornes trop resserrées, et nous le voyons aujourd’hui planer sur le vaste et mouvant empire du monde. Un dernier effort, mais le plus considérable, lui reste à faire pour compléter sa délivrance ;
Il doit briser les barrières de peuple à peuple, de religion à religion pour ne plus laisser à sa puissance que les limites du globe terrestre.
C’est à cette délivrance du génie, du génie de la liberté de création, que chacun de nous, suivant ses propres moyens, doit travailler avec ardeur.
La liberté est une nécessité que toute œuvre doit avoir pour fin. Que le philosophe la rappelle à celui qui l’oubli ; que le poète et l’artiste la fassent aimer dans sa forme la plus sensible; que chacun mette en avant cet esprit de liberté, hérité du siècle des lumières.
Nul ne sait combien pèse son existence dans la gravitation du monde spirituel. Devant le vaste mystère où se meuvent encore les destinées de l’humanité, qui pourrait, sans une apathie coupable, se considérer comme un agent inutile ?
Nul ne doit refuser son action à ce rachat de l’esclavage moral, à cette grande entreprise de la rédemption de tous par tous, qui sera l’accomplissement, le triomphe pressenti, prophétisé, infaillible, de la liberté humaine.
La Liberté humaine se résume en un acte de libération telle que l’accomplissent, par exemple, les poètes, les artistes, les philosophes, les femmes et les hommes d’action.
Le chemin de la vie, qui se confond avec le chemin de la Liberté, ne connaît pas de fin dans notre existence terrestre. C’est nous-mêmes que nous voulons dépasser en nous rangeant parmi les défenseurs de la Liberté.
En ton nom liberté…
que de disputes…
que de guerres…
que d’actes de violence…
que de bons sentiments…
que d’arbres déracinés…
que de révolutions…
que de fleurs coupées…
que de vies enlevées…
que d’orages,
de soleil,
de pluie,
de vent,
de tornades…
l’on a commis en ton nom…
Avant de conclure je voudrais cité Robert Badinter :
"Les droits de l'Homme sont universels parce que tous les êtres humains ont des droits fondamentaux que l'on ne peut nier sous peine de nier l'humanité elle-même. Partout, on doit respecter l'intégrité de la personne humaine, partout, les êtres humains ont le droit de ne pas être torturés, tués, mutilés, de ne pas être réduits en esclavage, de recevoir des soins, d'avoir accès à l'éducation, à la culture, partout, les êtres humains doivent pouvoir penser et s'exprimer librement".(1998)
Post-scriptum :
-La liberté d’opinion et de la presse : Elle est énoncée dans l’article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : " La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. " ; le spectre de la censure ne doit plus être craint.
Avec toutes mes amitiés. Bernard