José Saramago n’a jamais rien abdiqué. Ni son athéisme militant. Ni son communisme militant. Ni son antisionisme militant. Ni son indignation permanente devant l’injustice ou la misère. José Saramago, écrivain considérable, est resté fidèle à lui-même, à ses opinions, à ses idées et à ses engagements jusqu’au dernier souffle.
Pierre Assouline avait interrogé José Saramago par courriel le 26 janvier dernier pour la République des lettres à propos de la sortie au Cherche Midi du Cahier, reprenant les textes de son blog. A la question : « Vous considérez-vous, comme le dit Eco dans sa préface, comme un blogueur enragé ? Autrement dit l’expression par internet a-t-elle décuplé votre rage d’écrivain ? », le prix Nobel 1998 répondit : « Enragé c’est trop dire. Ce que je cherche à exprimer, c’est l’indignation sur l’état du monde, c’est la misère, la détresse où vivent des millions de personnes. Une partie énorme de l’humanité vit dans une apocalypse permanente de la naissance à la mort. C’est ça le progrès ? C’est ça la civilisation? Enragé, non : indigné. »
Je me sens en totale empathie avec José Saramago (comme avec Gabriel Garcia Marquez ou Jorge Amado, d’ailleurs) depuis la lecture du Radeau de pierre en 1990. J’ai énormément apprécié l’écrivain, mais aussi l’homme de conviction. Je me jetais avec gourmandise sur ses dernières publications ; mais je guettais aussi les prises de position de l’homme.
Il avait une lucidité étonnante ; n’est-ce pas lui qui déclarait il y a quelques années au Nouvel Observateur : « Je me trompe peut-être. Mais je crois que nous allons, en effet, vivre une nouvelle ère de démocraties autoritaires. »
Aussi je n’ai pas été étonné de lire dans son blog, à la date du 6 janvier 2009, un billet titré « Sarkozy, l’irresponsable ».
Sans doute est-il utile de rappeler ce que les auteurs (tous les auteurs) doivent à José Saramago. Lorsque la direction générale du marché intérieur de la Commission européenne proposa l’adoption d’une recommandation sur la copie privée le 18 octobre 2005, sur injonction du lobby des industriels de matériels électroniques, le prix Nobel se mobilisa immédiatement, sans convoquer tous les médias pour vanter son action. Son intervention discrète auprès de son compatriote (et néanmoins adversaire de classe) José Manuel Durao Barroso fut vigoureuse, au point que, quelques semaines plus tard, le président de la Commission européenne reportait sine die la fameuse recommandation, sauvant ainsi les aides à la création.
Merci José Saramago !
