La suppression de la publicité sur les chaînes du service public de la télévision devait permettre toutes les audaces aux créateurs. Une quinzaine de mois plus tard, on attend encore de voir des émissions enfin libérées du poids de l’Audimat ou du pouvoir politique.
En matière d’information, on ne compte plus le nombre de journaux, ceux de 13 heures comme ceux de 20 heures, « ouvrant » sur les faits divers les plus sordides (sans tenter d’en donner toute la dimension sociale), le football, les bouchons sur les routes ou la météo.
Les magazines d’information sont tombés dans le même travers, prenant ainsi leurs distances avec leur concept éditorial d’origine. L’émotionnel et les sujets sur les stars autoproclamées sont censés fédérer les plus fortes audiences. L’intelligence n’aurait-elle plus droit de cité sur les chaines publiques ?
Dans le supplément du Monde télévisions du 3 avril dernier, Yves Boisset ne mâche pas ses mots. Interrogé par Martine Delahaye sur ses projets à la télévision, il confie avoir « mené une enquête longue, compliquée et peut-être un peu aventureuse sur le massacre des moines de Tibéhirine en 1996 en Algérie ». Mais il ajoute aussitôt avoir « beaucoup de mal à trouver un diffuseur pour ce documentaire », concédant qu’il s’agit d’un « sujet délicat ».
Amer, Yves Boisset constate : « Il y a quelques années, Canal Investigation ou Envoyé spécial auraient pris ce film. Mais aujourd’hui, Envoyé spécial n’est pas dans l’enquête ; on lui préfère des reportages sur la cuisine ou sur Sardou… »
Constat cruel mais, hélas, avéré !
Le réalisateur de Dupont Lajoie ou de l’Attentat dénonce la « reprise en main actuelle de la télévision » par Nicolas Sarkozy, l’absence d’audace des responsables et l’autocensure.
Yves Boisset n’a plus rien à prouver ; il a une longue carrière, courageuse, derrière lui. Qu’il ose dénoncer ce que les documentaristes et les journalistes disent souvent trop bas pour être entendu, est un formidable encouragement à braver la peur et à retrouver l’audace pour faire sur les chaînes publiques la télévision que les citoyens méritent, celle qui distrait, informe et éduque.
