Le député Eric Raoult n’est pas un petit nouveau en politique ; il a déjà une longue carrière derrière lui. La polémique qu’il vient de déclencher à propos des déclarations de Marie Ndiaye n’est pas un dérapage.
Eric Raoult a pris le temps de la réflexion pour s’en prendre à la lauréate du prix Goncourt 2009 ; les phrases qui ont déclenché sa colère ont été reproduites dans les Inrockuptibles au mois d’août dernier. Il n’a pas été « piégé » au cours d’un débat à la radio ou à la télévision ; non, il a adressé une question écrite au ministre de la culture et de la communication.
C’est assez dire que M. Raoult a réfléchi avant de la rédiger.
Sa question est inquiétante et j’ai trouvé dans le quotidien La Nouvelle République du Centre-Ouest une réaction à la fois indignée et pertinente de Jean-Marie Laclavetine en réponse à la question "Que pensez-vous des déclarations d’Eric Raoult sur le prix Goncourt ?" (On notera que Laclavetine est un ami et l’éditeur de Marie Ndiaye chez Gallimard) :
"S'il y avait un Goncourt pour les crétins, M. Raoult serait sans aucun doute le premier lauréat. Ce qui inquiète, au-delà du ridicule des propos, c'est que ce genre de petites phrases dessinent mine de rien le paysage de la pensée dominante : mise au pas insidieuse, fichage généralisé, surveillance de chacun par tous, sinistre obsession identitaire, mépris de l'art et de la culture, démantèlement progressif de la protection sociale et du code du travail, racisme larvé… A plusieurs reprises, dans les comptes-rendus d'information sur cette joute titanesque, Marie Ndiaye a été qualifiée de “ romancière franco-sénégalaise ”. Marie est française, née à Pithiviers et n'a jamais mis les pieds au Sénégal. Nous ne devrions pas nous habituer à ce genre de détails…"
Je partage totalement cette analyse de l’auteur de Nous voilà, Matins bleus, Demain la veille, En douceur, Donnafugata ou Les emmurés, traducteur de l’italien et notamment d’Alberto Savinio, Leonardo Sciascia ou Alberto Moravia.
M. Raoult est tout aussi inquiétant que M. Frédéric Lefebvre. Et la multiplication des interventions de ces hommes de la majorité présidentielle sur des questions aussi fondamentales que la liberté d’expression et la liberté de parole doit, plus que jamais, nous inciter à la vigilance.
