Paul Carpita est mort le 24 octobre à Marseille à l’âge de 86 ans. Le cinéma est en deuil, mais qui saluera sa mémoire et son apport au cinéma ?
Paul Carpita, né à Marseille en 1922 d'un père docker et d'une mère poissonnière, a toujours été un résistant. D’abord durant la seconde guerre mondiale puis dans le cinéma. A la Libération, avec quelques amis progressistes il fonde le groupe "Cinepax" qui réalise avec un vieille caméra 16 mm des "contre-actualités" à Marseille, sa ville de toujours. Paul filme notamment les manifestations contre la guerre d'Indochine et la grande grève des dockers de 1950.
Le groupe achète une caméra 35 mm d’occasion. Paul revient alors sur cette grève des dockers contre la guerre d’Indochine et réalise en 1955 "Le Rendez-vous des quais", un long métrage mêlant fiction et documentaire, tourné caméra à l’épaule, clandestinement, avec des acteurs non professionnels. Le film est aussitôt interdit par la censure et l’unique copie disparaît.
Celui qui aurait été un cinéaste majeur de son époque voit sa carrière aussitôt stoppée. Paul Carpita est instituteur dans les quartiers nord de Marseille, s’adonnant au cinéma en tournant des courts métrages engagés.
"Le Rendez-vous des quais" est retrouvé par hasard en 1989 aux archives du film à Bois d’Arcy ; restauré il est salué comme un film important du cinéma français. Il fait le tour du monde. La critique salue cette oeuvre comme le "chaînon manquant" du cinéma français faisant le lien entre le néoréalisme italien et la Nouvelle Vague.
Arte consacre une soirée à Paul Carpita et à son incroyable histoire.
L’homme est resté pétillant, humain, profondément humain, et toujours résistant.
Alors commence une nouvelle vie : Paul Carpita trouve (difficilement) les financements nécessaires au tournage de quelques longs métrages qu’il a gardé au fond de lui-même, « Les sables mouvants » en 1995 et « Marche et rêve, les homards de l’utopie » en 2001.
Il avait encore des projets, qui resteront hélas inachevés.
Paul Carpita est resté fidèle à lui-même et à ses origines populaires, même dans les moments les plus difficiles, notamment quand il a été abandonné par ses amis après la censure du « Rendez-vous des quais ».
Le cinéaste engagé et novateur méritait un hommage, que personne ne lui rendra.
