Le monde est violent, à en donner la nausée.
La violence des voyous et la violence des patrons font quotidiennement des victimes.
On me pardonnera un raccourci osé ; l’assassinat de Christian Poveda, reporter-photographe et documentariste et l’annonce du licenciement de 33 salariés (dont les 13 derniers reporters-photographes salariés) des agences photographiques regroupées sous le vocable Eyedea (Gamma, Rapho, Stills, etc.) à quelques jours d’intervalle, en pleine actualité du festival Visa pour l’image à Perpignan, ne peuvent provoquer que colère et indignation.
Christian Poveda a été lâchement assassiné d’une balle dans la tête au Salvador. Comme Anna Politkovskaïa en Russie. Il venait de terminer un documentaire sur les gangs de jeunes salvadoriens, les maras (La vida loca, en français La vie folle). Son travail dérangeait. Les gangs ou le gouvernement salvadorien et sa police ? Le saura-t-on jamais ?
Eyedea a été placé en redressement judiciaire et un plan de continuation de six mois a été accordé par le tribunal de commerce. Au moment où on apprend que Franck Ulmann, patron d’un fonds d’investissement, Verdoso Média SA (déjà actionnaire de Marianne et de Rue 89), va participer à une augmentation du capital le comité d’entreprise est avisé que 33 salariés, dont les 13 derniers reporters-photographes salariés, vont être licenciés.
Les 13 photographes de Gamma vont être privés d’emploi par des financiers sans état d’âme, envoyés au Pôle emploi, c’est-à-dire interdit de continuer à témoigner sur la violence du monde. Ils seront condamnés à déposer leur boîtier numérique et à lire des journaux sans photographies d’actualité.
La violence qui a arraché la vie à Christian Poveda, parce qu’elle est irrémédiable, provoque beaucoup d’émotion, à juste titre.
La violence qui condamne les salariés de Gamma au chômage est, elle, banalisée. On publie chaque mois des statistiques (on se félicite d’une légère, très légère décrue) et, ensuite, on passe à la chronique mondaine, aux faits divers ou à la grippe porcine. Les drames humains et familiaux provoqués par les licenciements n’existent pas dans notre système médiatique.
Comme le disait Christian Poveda, la vie est folle !
