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août 20
Dans Blogs Blog de Michel Diard jeudi 20 août 2009 09:31
Rédigé par Michel Diard

Les huit agences photographiques réunies par leur dernier propriétaire au sein d’une même entité Eyedea (Gamma, Rapho, Stills, Keystone, Hoa Qui, Explorer, Jacana et Top) ont été placées en redressement judiciaire. Un nouveau plan social, le quatrième en 10 ans, menace ce qui reste de quelques-unes des plus prestigieuses agences photographiques.
Le dernier propriétaire, Green Recovery, est un fonds dit de retournement, spécialisé dans la reprise à bas prix de PME, de leur redressement (à coup de plans sociaux) et de leur revente avec un profit juteux.
Green Recovery, aujourd’hui à la tête d’un ensemble disparate, allant de l’aéronautique (Reims Aviation Industries et Reims Aerospace), l’impression et les papiers (Tiffany, les Papiers de Souche et Illochroma), le contreplaqué (Malvaux) ou la découpe laser (Delos), n’a pas connu que des succès. Pourtant, sur son site, il vante « ses compétences et ses moyens » : « Notre connaissance du monde industriel, les moyens financiers de notre groupe et notre savoir-faire dans la gestion des équipes, le développement et le repositionnement d’entreprises nous permettent de réaliser avec sérénité la reprise de PME. »
Gamma, Rapho et les autres ne sont pas des PME comme les autres ; elles n’ont rien à voir avec l’industrie !
Green Recovery a péché par ignorance et par suffisance ! Il ne suffit pas d’avoir de l’argent, la parfaite connaissance des mécanismes des plans sociaux pour s’imposer dans le secteur de l’information (et particulièrement de la photo).
Il est juste de dire que le fonds de retournement (quel nom barbare !) n’est pas le seul fossoyeur des agences qui ont diffusé les photos de Raymond Depardon, Gilles Caron, Sebastiao Salgado, David Burnett, Gilbert Uzan, François Demulder, Robert Doisneau, Edouard Boubat, Jean Dieuzaide, Janine Niepce ou Willy Ronis, pour ne citer qu’eux.
Le groupe Lagardère avait racheté les huit agences en 2000, avec une grande ambition affichée : constituer un pôle d’agences photographiques de premier plan face aux agences créées de toutes pièces par des milliardaires américains, Mark Getty (Getty Images revendu ensuite à un fonds d’investissement), d’une part, et Bill Gates (qui avait repris en France l’agence Sygma en 1999 pour l’inclure dans un conglomérat baptisé Corbis), d’autre part.
Le groupe avait réuni ses agences dans Hachette Filipacchi Images puis dans Hafimages, multipliant les erreurs de gestion et n’arrivant pas à maîtriser le système informatique qui devait installer un portail de commercialisation du fonds. L’aventure ne dura que 6 ans et Lagardère jeta l’éponge en 2006, tout heureux de céder cet ensemble encombrant à Green Recovery.
Avant Lagardère, d’autres actionnaires avaient, eux aussi, multiplié les « erreurs ».
Les agences photographiques ont été tuées par la marchandisation de l’information et par des groupes industrialo-financiers qui font main basse sur le secteur des industries des médias et de la culture.
Mais, en France, les agences photographiques ont été tuées par les dirigeants de la presse écrite, qui dédaignent le grand reportage, jugé trop onéreux. Elles font de plus en plus appel à la photographie d’illustration, incolore et sans saveur, de préférence libre de droits.
Aujourd’hui, Doisneau, Depardon, Boubat, Caron, Salgado ne seraient plus publiés dans la presse. Leurs successeurs côtoient la misère sociale, poussés vers un autre mot barbare, le « corporate », photo de commande commerciale ou de publicité pour arrondir les fins de mois. Le « corporate » ou rien !
En ce sens, le placement de Eyedea sous administration judiciaire est un symbole ; celui de la financiarisation de l’information et de son appauvrissement pour les lecteurs.
Certains n’hésitent pas à soutenir que les agences photographiques sont victimes du statut social du journaliste (accusant les cotisations sociales de mettre les entreprises en difficulté) et, surtout, des droits d’auteurs (jugés trop avantageux pour les journalistes). Ils militent ouvertement pour l’instauration en France du système de « copyright » américain.
Sans droits d’auteurs et sans protection sociale, les choix éditoriaux seraient-ils modifiés pour autant ? Et la course aux profits des groupes industrialo-financiers serait-elle freinée ?

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