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mars 15
Dans Blogs Blog de Michel Diard dimanche 15 mars 2009 16:24
Rédigé par Michel Diard

Audiovisuel public / France Télévisions / Patrick de Carolis / Constitution

Le Figaro (Paule Gonzales et Enguerand Renault) a interviewé Patrick de Carolis le 13 mars dernier. Le président du service public de télévision s’est livré sans réserve.
Mais on est loin de son coup de gueule quand la question des moyens réservés à France Télévisions opposait la commission Copé à Nicolas Sarkozy.
Patrick de Carolis, à qui nos deux collègues du Figaro demandaient s’il faisait le sale boulot pour son successeur (ce que de nombreux observateurs pensent), répond : « Ce n'est pas un sale boulot. C'est une mission nécessaire, ambitieuse et passionnante. Mon mandat se termine en août 2010. Cela me laisse le temps de mener à bien cette réforme. »
Patrick de Carolis assume donc pleinement son rôle ! Il va plus loin et confie à ses deux interlocuteurs quelques-unes de ses idées.
Voici les principales citations qui éclairent le visage de la future télévision publique :
« Nous faisons tous - acteurs publics comme privés - une télévision trop chère. Il faut donc réduire les coûts de notre organisation interne et les factures de nos fournisseurs. »
Cette ambition de réduction des coûts ne laisse pas d’inquiéter. La durée des tournages en sera-t-elle affectée ? Les moyens de tournage seront-ils réduits ? On peut le supposer. Il faut relever une contradiction entre la volonté affichée de faire une télévision intelligente, se différenciant des chaînes privées et une réduction des coûts. La télévision coûte cher ; c’est une évidence que ne semble pas retenir le président de France Télévisions.
Il n’en finit pas d’inquiéter quand il déclare, en outre : « Il faut aussi accélérer la transformation de France Télévisions en média global et faire en sorte que désormais les programmes soient imaginés en prévision d'une diffusion sur tous les supports. »
N’est-ce pas attenter à la liberté du créateur que de lui imposer de formater un documentaire, un grand reportage, une fiction en fonction des réutilisations sur Internet ou sur un téléphone mobile ? Va-t-on réduire le format des fictions et des reportages pour pouvoir les diffuser sur l’écran d’un téléphone que l’on ne regardera que quelques minutes ?
Ensuite, Patrick de Carolis s’attaque à la question des effectifs de France Télévisions. Il confirme son ambition de réduire les effectifs des différentes chaînes de 10 %, même s’il tente de désamorcer tout mouvement social :
« En accord avec l'État actionnaire, nous voulons éviter le traumatisme d'un plan social. Je le répète, il n'y aura pas de plan social. En revanche, nous mettrons en place un dispositif de départs anticipés à la retraite, fondés sur le volontariat. Selon la photographie statistique de l'entreprise, 900 personnes pourraient entrer dans ce cadre, soit environ 10 % de nos effectifs permanents. »
Pour faire une bonne télévision, il faut du monde, beaucoup de monde. Supprimer des journalistes, des réalisateurs, des cadreurs, des preneurs de son et des monteurs ne permettra pas d’améliorer la qualité des programmes offerts aux téléspectateurs.
Un exemple récent vient d’en donner la preuve. France 2 a envoyé un monteur en Guadeloupe à la place d’un journaliste reporter d’images ou JRI. Le résultat a confirmé qu’on ne s’improvise pas spécialiste de l’image en l’espace d’un voyage, même s’il s’agit d’un long courrier.
Patrick de Carolis se félicite, à juste titre, d’avoir rempli ses obligations en matière de création. Il déclare encore au Figaro :
« Compte tenu de la situation de nos concurrents du secteur privé, France Télévisions est désormais le partenaire prioritaire, incontournable, de la création, pour ne pas dire son principal soutien. En 2008, nous avons dépensé en faveur des œuvres audiovisuelles 369 millions d'euros alors que nos obligations portaient sur 364,5 millions. En 2009, ce sont 375 millions que nous devrons investir dans la création. »
On ne peut qu’applaudir. Mais, compte tenu de ce qui précède, on se demande ce que deviendra la création demain ! Et sa volonté de réduire le nombre de décideurs ne fait que renforcer les craintes pour la création dans toute sa (nécessaire) diversité :
« Il est impératif d'harmoniser les processus de sélection, de décision et de fabrication des contenus, car jusqu'à présent il était difficile d'avoir une politique commune entre nos différentes chaînes. Cela ne portera en rien atteinte à la diversité de nos programmes. C'est dans cet esprit que nous allons nommer, la semaine prochaine, des coordonnateurs pour les unités de programmes. Leur nombre sera toujours plus raisonnable que celui de directeurs avant le passage à l'entreprise unique. »
En conclusion, les motifs d’inquiétude ne manquent pas. La création est en danger. La télévision est en danger. Le service public est en danger.

Michel Diard

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