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Blog de Patrick Benquet
lundi 1 septembre 2008 09:48
Rédigé par
Patrick Benquet
Télévision / Documentaires / Création
11%. Ce chiffre a fait beaucoup de bruit lors des derniers « États généraux du documentaire » à Lussas qui se sont tenus du 17 au 23 août.
11% : c’est le pourcentage très faible de films ayant été produits avec l’aide d’un diffuseur sur les 870 documentaires reçus cette année par les sélectionneurs du festival. Il y a deux ans ce chiffre était de 40%. Quant aux 26 films sélectionnés (et diffusés dans la section « Incertains regards »), 5 seulement ont été aidés par la Télévision. Tous par Arte (4 pour « la Lucarne » et le cinquième pour un programme de début de soirée).
A travers ces chiffres, les adeptes du festival de l’Ardèche voient la confirmation d’une dérive qu’ils dénoncent depuis des années : la télévision ne s’intéresse plus qu’aux documentaires qui acceptent le formatage qu’elle impose sous prétexte d’audimat.
Gérard Collas, l’un des deux responsables de la sélection « Incertains regards » et producteur à l’INA écrit dans sa présentation :
« La question de l’audience est devenue de plus en plus déterminante pour les diffuseurs, elle pèse sur le choix des sujets retenus et sur leur écriture. Un véritable basculement s’est opéré en quelques années. Aujourd’hui la plupart des documentaires réalisés et produits le sont sans la complicité des chaînes de télévision, même modestes. Les nouveaux outils (caméras, bancs de montage) sont pris en main par les cinéastes, les films se font, souvent dans des conditions plus que précaires pour tous ceux qui, auteurs et techniciens, en portent le projet. La variable d’ajustement est le travail sous rémunéré. L’absence de diffusion télévisuelle ne saurait être toujours compensée par une sortie en salle. De nouveaux lieux et modes de diffusion se mettent en place souvent en dehors de toute économie et donc de toute mesure. Le public est au rendez-vous. »
Quand à Fleur Albert, la deuxième responsable de la sélection et réalisatrice de documentaires, elle affirme : « Je n’ai plus aucune attente de la TV. Qu’un de mes films passe à la TV c’est presque un accident ».
Ces chiffres et ces remarques appellent quelques réflexions.
Que la télévision exerce une pression de plus en plus forte sur les auteurs dans le sens d’un formatage que bien souvent les responsables ne savent pas véritablement eux-mêmes justifier, nous le vivons tous les jours.
Pour autant je ne pense pas que parmi les 870 films envoyés à Lussas tous soient véritablement destinés à la télévision.
La révolution technique dans la prise de vue et le montage permet aujourd’hui à tout un chacun de se lancer dans la réalisation d’un documentaire sans l’aide financière d’un producteur ou d’une chaîne. Mais le désir, aussi violent soit-il, et la possibilité matérielle de le réaliser ne sont pas forcément synonymes de réussite. Toute expression personnelle aussi respectable soit-elle et vitale pour celui qui la réalise, n’en fait pas systématiquement une œuvre destinée aux téléspectateurs.
C’est donc faire un mauvais procès aux responsables de la télévision que de leur reprocher ce chiffre de 11%. Mais cela ne doit pas nous empêcher de continuer à critiquer les politiques éditoriales des chaînes et à faire pression sur leurs responsables pour que des documentaires de création soient diffusés.
Les réflexions entendues à Lussas m’inspirent une autre remarque. La détestation de la télévision qu’on y entend me semble contre productive. A la fin de la projection du film remarquable de Michel Follin « La passion Boléro », dans un flot de louanges méritées, quelques critiques du public se sont appuyées sur le fait que le film avait été diffusé à la télé (en l’occurrence Arte). L’argument massue étant que si le film avait été diffusé c’est bien qu’il avait été formaté… CQFD. Raisonner ainsi c’est renoncer définitivement à ce qui pour moi fait la grandeur de notre métier de réalisateur de télévision : rendre accessible au plus grand nombre des sujets complexes avec des approches originales, des approches d’auteur.
Mais affirmer ceci ne veut pas dire que nombre des 870 films reçus à Lussas ne méritent pas d’exister. Peut-être faut-il considérer ces œuvres dont beaucoup ont un caractère expérimental, comme des œuvres de plasticiens qu’on trouve dans les expositions ou les musées. Ces films doivent pouvoir être aidés par des fonds destinés à la recherche artistique, accéder aux festivals, au cinéma. Et même être proposés aux téléspectateurs dans des cases spécifiques.
Mais il n’est pas justifié d’utiliser les difficultés que rencontre la diffusion de ces oeuvres dans le débat pour une télévision de qualité.
Patrick Benquet
Président de la Commission Télévision
Vice-président de la Scam
