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juil. 18
Dans Blogs Blog de Patrick Benquet vendredi 18 juillet 2008 10:05
Rédigé par Patrick Benquet

télévision publique / financement / publicité / politique

Nicolas Sarkozy l’avait solennellement promis : le manque à gagner généré par la suppression de la publicité serait intégralement compensé par d’autres ressources financières.
La revue de détail de ces ressources montre qu’une véritable stratégie du pourrissement de la situation à France Télévisions est à l’œuvre dans les sphères dirigeantes.
Passons rapidement en revue les nouvelles sources financières :
- Les fournisseurs d’accès à Internet et les opérateurs de téléphone – censés payer une taxe de 0,9% (qui rapporterait 380 millions d’euros) à la télé publique ont d’ores et déjà annoncé qu’ils allaient batailler ferme auprès des autorités de Bruxelles et du Conseil constitutionnel pour faire déclarer cette nouvelle taxe illégale sous prétexte d’atteinte à la concurrence.
- 80 millions d’euros sont attendus d’une taxe de 3% sur le chiffre d’affaires publicitaire des chaînes privées. Alors que personne aujourd’hui ne peut dire ce que sera le marché publicitaire de la télévision confronté à la montée en puissance d’Internet et que le PDG de Canal+, Bertrand Méheut a déjà fait savoir que ce n’était pas aux chaînes privées de financer leurs concurrentes publiques. Discours sans doute reçu 5 sur 5 à Bruxelles où l’on ne badine pas avec la concurrence.
- Les ressources publicitaires restant à France Télévisions en 2009 sont estimées à 350 millions d’euros. Mais là encore ce chiffre est théorique et ne tient pas compte de l’évolution du marché et de l’effondrement actuel de la publicité sur le service public depuis la décision de Nicolas Sarkozy, le 8 janvier dernier, de la supprimer.
- 140 millions d’euros : c’est le chiffre d’économies demandées, en urgence à France Télévisions, alors que la télévision publique est notoirement sous financée depuis des années.
- Quant aux 40 millions de recettes de diversification qui sont évoqués, on se demande bien où France Télévisions va les trouver…
En résumé, on peut conclure que ces nouvelles ressources sont totalement aléatoires et qu’il est évident qu’il n’y aura pas le compte.
C’est délibérément que ce système bancal a été mis en place. Une usine à gaz ingérable qui va peu à peu pourrir la situation du service public.
Car très vite l’argent va manquer.
Le Conseil d’administration de France Télévisions vient d’ailleurs déjà d’annoncer un budget rectificatif pour 2008 en déficit de 100 millions d’euros, avec une suppression de 20 millions sur les crédits à la production. Les auteurs et les producteurs savent bien que les commandes de projets sont au point mort.
Scénario possible, sans doute probable : on va découvrir peu à peu que telle recette future avait été largement surestimée et que telle autre, pour des tas de raisons légales, est impossible à mettre en place.
Le changement des équipes dirigeantes, au plus tard à la fin de l’année, ajoutera à la confusion.
Les nouveaux dirigeants seront sommés de faire des économies. On parlera de plans sociaux. Il y aura des grèves… qui feront le jeu de la télévision privée.
Et viendra le jour où, face à une situation ingérable, le pouvoir politique devra prendre des décisions « inévitables ».
Démantèlement de France 3, vente de France 2, fusion de chaînes… etc. etc. Tout est possible. Mais quelque soit la « solution » retenue, le résultat sera une diminution drastique du périmètre du service public. Une PBS à la française(*) dont semble rêver Nicolas Sarkozy et que la redevance dans son état actuel suffirait à financer.
Politique fiction que ce scénario catastrophique ? Pas sûr. Je pense qu’une stratégie pernicieuse est à l’œuvre qui vise à nous faire croire que le dépérissement du service public de la télévision va devenir inévitable tout en laissant penser que notre Président a tout fait pour l’éviter....

Patrick Benquet
Président de la Commission Télévision
Vice-président de la Scam

* PBS : Public Broadcasting Service. Télévision non commerciale américaine, essentiellement éducative.


Patrick Benquet

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