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avr. 18
Dans Blogs Blog de Michel Diard lundi 18 avril 2011 13:51
Rédigé par Michel Diard

L’événement est considérable et pourtant les médias français l’ont quasiment ignoré. C’est un site, Agoravox, qui a brisé le mur du silence.
L’événement, donc, s’est déroulé à Rome, le 12 mars dernier, à l’Opéra pour le 150e anniversaire de l’unification de l’Italie. Riccardo Muti dirigeait l’orchestre pour une représentation de Nabucco.
Le choix de l’opéra de Giuseppe Verdi était particulièrement symbolique ; évoquant l’esclavage des juifs à Babylone, il a été créé à la Scala de Milan le 9 mars 1842 alors que la péninsule était sous le joug de l’empire des Habsbourg. Verdi appelait clairement le peuple à se soulever pour l’unification de l’Italie.
Le fameux chant « Va pensiero » (Va, pensée) interprété par le chœur des esclaves a déclenché une manifestation qui n’est pas sans rappeler une scène du Senso de Lucchino Visconti.
Voici comment le site Agoravox rend compte de ce qui restera comme un acte politique majeur dans l’Italie de Berlusconi :

« Avant la représentation, Gianni Alemanno, le maire de Rome, est monté sur scène pour prononcer un discours dénonçant les coupes dans le budget de la culture du gouvernement. Et ce, alors qu’Alemanno est un membre du parti au pouvoir et un ancien ministre de Berlusconi.
Cette intervention politique, dans un moment culturel des plus symboliques pour l’Italie, allait produire un effet inattendu, d’autant plus que Silvio Berlusconi en personne assistait à la représentation…
Repris par le Times, Riccardo Muti, le chef d'orchestre, raconte ce qui fut une véritable soirée de révolution : « Au tout début, il y a eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé l’opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant Va Pensiero, j’ai immédiatement senti que l’atmosphère devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne pouvez pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c’est le silence du public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va Pensiero allait démarrer, le silence s’est rempli d’une véritable ferveur. On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la lamentation des esclaves qui chantent : « Oh ma patrie, si belle et perdue ! ».
Alors que le Chœur arrivait à sa fin, dans le public certains s’écriaient déjà : « Bis ! » Le public commençait à crier « Vive l’Italie ! » et « Vive Verdi ! » Des gens du poulailler (places tout en haut de l’opéra) commencèrent à jeter des papiers remplis de messages patriotiques – certains demandant « Muti, sénateur à vie ».
Bien qu’il l’eut déjà fait une seule fois à La Scala de Milan en 1986, Muti hésita à accorder le « bis » pour le Va pensiero. Pour lui, un opéra doit aller du début à la fin. « Je ne voulais pas faire simplement jouer un bis. Il fallait qu’il y ait une intention particulière. », raconte-t-il.
Mais le public avait déjà réveillé son sentiment patriotique. Dans un geste théâtral, le chef d’orchestre s’est alors retourné sur son podium, faisant face à la fois au public et à M. Berlusconi, et voilà ce qui s'est produit :

[Après que les appels pour un "bis" du "Va Pensiero" se soient tus, on entend dans le public : "Longue vie à l'Italie !"]
Le chef d'orchestre Riccardo Muti : Oui, je suis d'accord avec ça, "Longue vie à l'Italie" mais...
[Applaudissements]

Muti : Je n'ai plus 30 ans et j'ai vécu ma vie, mais en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j'ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j'acquiesce à votre demande de bis pour le "Va Pensiero" à nouveau. Ce n'est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Choeur qui chantait "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l'histoire de l'Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment "belle et perdue".

[Applaudissements à tout rompre, y compris des artistes sur scène]

Muti : Depuis que règne par ici un "climat italien", moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant... nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théâtre de la capitale, et avec un Choeur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble.
C’est alors qu’il invita le public à chanter avec le Chœur des esclaves. « J’ai vu des groupes de gens se lever. Tout l’opéra de Rome s’est levé. Et le Chœur s’est lui aussi levé. Ce fut un moment magique dans l’opéra. »
« Ce soir-là fut non seulement une représentation du Nabucco, mais également une déclaration du théâtre de la capitale à l’attention des politiciens. »

Cette ‘’soirée de révolution’’ a été enregistrée ; on peut consulter la vidéo sur le site Agoravox et d’autres, y compris sur YouTube, par exemple.
Si les images ne sont pas d’une très grandes qualités, elles restituent de façon remarquable l’élan de ferveur qui a traversé l’Opéra de Rome cette soirée du 12 mars dernier.
Que dire du mutisme des médias français…
Préfère-t-on de ce côté-là des Alpes le « Va pensiero » comme illustration d’une publicité…

Michel Diard

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Nombre de commentaires : 1

Re : Une soirée à l’opéra (de Rome)

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posté par red bottoms le   mercredi 24 août 2011 14:25

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