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mars 8
Dans Blogs Blog de Michel Diard lundi 8 mars 2010 13:34
Rédigé par Michel Diard

Les journalistes, mes frères, seraient-ils devenus fous ?
Je le crains…
La une de l’édition du 5 mars de France Dimanche, publication du Groupe Lagardère (le même qui édite Elle et organise les Etats généraux de la femme), annonce :
« Exclusif. Claude François. Il nous parle de l’au-delà. Devant nous le grand médium Pierre Pernez a établi le contact avec la star. Sa fin tragique, ses enfants, ses successeurs… Ses incroyables révélations. »
Quel journaliste peut-il oser affirmer que Claude François lui a parlé ? Qui peut donner un quelconque crédit à l’un de ces charlatans qui font profession de médium ?
Dans son rapport 2008 on peut lire : « En tant que groupe de médias, Lagardère est conscient de la responsabilité particulière qui est la sienne » et, plus loin, il parle de procurer à ses lecteurs « des contenus de qualité » !
Comment les dirigeants du groupe Lagardère vont-ils justifier auprès d’Alexandre Delpérier, présentateur de l’émission « Europe 1 Foot » de l’avoir mis à pied pour avoir laissé croire qu’il avait eu un entretien exclusif avec Raymond Domenech, entraineur de l’équipe de France de football, alors qu’il avait assisté seulement à sa conférence de presse ? Peut-être le journaliste, pâle imitateur de Patrick Poivre d’Arvor, n’aurait-il pas été sanctionné s’il avait eu la lumineuse idée de se faire assister d’un médium !
Bon, dira-t-on, qui croit les informations de France Dimanche, hormis ses nombreux lecteurs ?
Mais que penser du service public de la télévision qui a osé consacrer un reportage de deux minutes dans ses éditions du 6 mars à ce « phénomène inexpliqué et extraordinaire » d’un tableau de la Vierge, qui, dans un pavillon de Garges-les-Gonesse, voit perler des gouttes d’huile sur son front et sa joue ?
Cette supercherie qui nous renvoie aux pires manipulations de religiosité valait-elle un sujet sur une chaîne censée éduquer des citoyens ? Valait-elle un sujet de deux minutes donnant la parole à ceux qui se pressent pour constater le « miracle » ?
Il me semble que nous sommes revenus dans des temps très reculés. Ce qui ne manque pas d’être inquiétant.
Et les médias, qui ne sont au fond que le miroir de la société, ont-ils encore vocation à éduquer le peuple en l’informant ou ne sont-ils qu’idéologie ?

Michel Diard

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Nombre de commentaires : 2

Re : Miracle du journalisme d’aujourd’hui

Paris le 20 Mars 2010

Mon mÈtier se meurt !
Informer, Èduquer, divertir...
Il ne reste que le divertissement dans la presse d'aujourd'hui.
¿ qui la faute ? A nous tous, journaliste prÈtentieux et embourgeoisÈ qui acceptons de faire de l'Infotement, ce modèle d'info-divertissement qui rafle tous les budgets. Au directeur de rÈdaction, ces petits soldats au service du marketing... A la pub, cette chienli pour qui tout est marchandise.
Mon métier se meurt !
Et que dire de la relation avec les citoyens, nos lecteurs, ceux pour qui nous sommes censÈ nous battre... Il ne nous aime plus, pire, ils nous évitent et nous caillassent. Moi le premier, je peine a défendre ma fonction, plus personne n'y croit... et moi non plus.
Mon métier se meurt !
A vous Monsieur LargardÈre et autres affairistes, vendeur d'armes... Vous avez acheté nos journaux, nos chaînes de TV et les plus individualistes d'entre nous... Mais vous n'achèterez jamais le coeur des Journalistes qui se battent pour un monde meilleur et plus juste.
Mon métier se meurt !
En 2o11, je renouvellerai encore une fois ma carte de presse, mais je jetterai aussi des pavÈs avant que mon métier soit mort.


Hugo Hayat.
Carte de presse N∞107689

posté par hugo hayat le   vendredi 4 juin 2010 15:04

Re : Miracle du journalisme d’aujourd’hui

Mon cher confrère,

Vous avez, comme beaucoup trop d'entre nous, oublié trop vite les leçons d'un Guy Debord, d'un Raoul Vaneigem, d'un Pierre Bourdieu...

L'exemple que vous évoquez n'est ni unique, ni même caricatural : il est le reflet d'une société que la marchandisation des biens et des esprits a transformé en spectacle permanent. Faute de contre-attaque intellectuelle à la mesure de l'enjeu (BHL, Onfray et Finkielkraut ne seront jamais Lévi-Strauss, Althusser ou Lacan...) le spectacle a pu aisément dépasser ses contradictions internes - pourtant flagrantes - et il est proche de son "apogée" et donc, peut-être, de son implosion idéologique.

Mais n'oubliez pas que le spectacle a réussi à conquérir le monde grâce à une complice de taille : la télévision et ce que les idéologues de la consommation de masse et de la néantisation de la conscience en ont fait : une machine à abêtir le peuple en le gavant d'émissions toujours plus stupides et navrantes, fabriquant à la chaîne et sur le modèle du « kleenex » les idoles d'aujourd'hui (Mickael Vendetta !) sur l'autel de la nullité culturelle et de la vulgarité. Arte, CINAPS TV, ou, parfois, le service public ne servent que d'alibi paupérisé au marketing qui a transformé la TV en "temps de cerveau humain disponible" pour la consommation.

De cela, nous sommes tous, journalistes professionnels, complices, par aveuglement, servitude, passivité ou lassitude.

Après 32 ans de presse écrite et radiophonique, j’ai découvert, en 2005, le monde interne de la télévision. J’en ai été effaré : non pas tant par l’attitude et le mode de fonctionnement des diffuseurs, mais par la jungle sans droit, ni loi de leurs satellites, ces « sociétés de production ». J’ai découvert (bien sût, il existe quelques exceptions) un monde d’une nullité culturelle confondante, un monde fonctionnant hors de tout contrôle administratif et possédant sa propre sémantique : un « journaliste » peut par exemple y être aussi bien une « secrétaire » qu’un « caster » qui recherche via internet « une femme de 50 ans ayant été violée par son caniche nain au solstice d’été »…

Je me suis donc battu durant des mois pour convaincre mes interlocuteurs qu’un journaliste avait des droits, mais aussi des devoirs ; qu’il était censé posséder une « technicité » particulière qui valait juste rétribution ; et, surtout, que la loi lui reconnaissait l’existence d’une pensée autonome qui lui permettait de refuser ce qui ne lui semblait correspondre ni à son éthique, ni à sa déontologie (vocable sans doute doté de trop de syllabes pour être aisément compréhensible par les auteurs de commentaires à la pauvreté lexicale aussi pitoyable qu’est ridiculement dramatisant le ton des propos…)

Je pourrai poursuivre longtemps sur ce thème, ainsi que sur les hypocrisies navrantes et humiliantes qui font des journalistes indépendants en télévision les otages d’un système aberrant, entre les exigences de la Commission de la Carte, des Agessa, des contrats « de cession » des droits d’auteurs…

Je ne souhaite pas que mes propos soient interprétés comme une diatribe. Je ne suis ni nostalgique, ni spécialement réactionnaire, mais j’ai, de ce métier qui m’a tant appris et tant donné, une image trop idéalisée pour ne pas déplorer sa prochaine et inéluctable disparition.

Vous pourrez, bien sûr, et avec raison, m’opposer des contre-exemples. Ils existent bien sûr, et je leur rends hommage. Mais le système global du spectacle nous entraîne comme des fétus de paille sur un torrent déchainé qu’il est bien tard pour tenter de canaliser. Seul un changement radical de perspective pourrait désormais me persuader que le journalisme est aisément soluble dans la télévision…

Cordialement et confraternellement,

Jean-Charles Marchand
Carte de presse n°36 922

Emission « Verdict »/France 5
Jean-Charles Marchand
Rédacteur en Chef
documentaires.verdict@gmail.com

posté par Jean-Charles Marchand le   jeudi 1 juillet 2010 13:20

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