Audiovisuel / Service public / Politique
Ces mots ont dû se glisser un jour entre les lèvres d’un sage chinois, à moins qu’il ne fut africain. Ils ont traversé le temps et les cultures. On les utilise, parfois sans en mesurer le sens profond, sans en tirer la leçon : « Lorsque tu ne sais plus qui tu es, ni où tu vas, retourne toi et regarde d’où tu viens ».
Il faut le dire. Depuis longtemps, depuis plus de trente ans peut être, la Télévision Publique, ne sait plus qui elle est, quel est son rôle, sa place, ni où elle va. Remercions Catherine Clément d’avoir dans son blog rappelé quelques valeurs de fond.
Nous sortions du cauchemar de la guerre. Un immense espoir habitait les français qui aspiraient à un monde nouveau. Ils ont fait des enfants par centaines de milliers. Tout allait changer. La Sécurité sociale, le vote des femmes, les retraites, les libertés syndicales, la Déclaration Universelle des droits de l’Homme, l’Organisation des Nations Unies pour la préservation de la Paix, tout cela date de cette époque. Ces années miracles ont servi de berceau à cette incroyable innovation technique qui allait permettre aux hommes et aux femmes du monde entier de se voir, de se parler et de s'écouter.
J’ai traversé l’histoire de la Télévision Publique et ses convulsions, pendant plus de cinq décennies. Nous avons rêvé, beaucoup. Je fais partie de ceux, peu nombreux aujourd’hui, dont on dit « qu’ils ont eu de la chance ». Nous appartenions alors avec la BBC à l'une des deux plus prestigieuses télévisions du monde. J’ai pu naviguer de la fiction à l’information, du grand reportage au documentaire. Nous avons connu vingt ans d’espoir, peuplés certes de turbulences, avant d’entrer dans une dérive destructrice qui, de restructurations aberrantes en valses de directeurs, a conduit dans l’impasse de la télévision marchande où elle se trouve aujourd’hui.
Il faut dire qu’au gré des épisodes tumultueux de l’histoire politique et de l’ampleur grandissante des enjeux économiques –l’autre face des « trente glorieuses » qui serviront de prélude à mai 68 et à la société marchandisée– la Télévision Publique était devenue une proie qu’il ne fallait pas laisser échapper, un territoire qu’il fallait occuper pour engranger profits et pouvoirs.
(Je m’aperçois que, depuis toujours, je ne peux m’empêcher de mettre des majuscules à Télévision Publique, sans doute par respect pour l’espoir qui était au fond de chacun de nous aux origines… Ah, Jules Ferry !)
La Radio Télévision Française, la RTF, monopole d’état, est née le 29 juin 1949 à 21h avec quelques images floues d’un premier journal télévisé de quelques minutes, -en noir et blanc bien sûr- vu par quelques centaines de personnes dans la région parisienne. Deux ans plus tard, en 1952, il y avait 20.000 récepteurs et Lille, grâce à un réémetteur, pouvait recevoir des images toujours aussi floues.
1954, la guerre d’Algérie éclate. 1958, le général de Gaulle arrive au pouvoir.
Il y a désormais en France 1 million de récepteurs.
Le 9 janvier 1959 voit naître « Cinq Colonnes à Une », premier magazine mondial de grands reportages entièrement filmé. Grâce à Pierre Lazareff et à l’exigence de Pierre Desgraupes et de Pierre Dumayet, ce magazine restera indépendant et sans concession pendant toute la période tragique de la guerre d’Algérie.
1963, la France compte plus de 3 millions de récepteurs.
Le Général de Gaulle comprend que la télévision est devenue un instrument politique majeure alors qu’approche l’élection présidentielle de 1965. Désormais toute l’information sera tenue étroitement en main. Des politiques sont nommés à sa tête. Seul « Cinq Colonnes » y échappera grâce au poids personnel de Pierre Lazareff. Cette même année, le Général de Gaulle inaugurera la Maison de la Radio et déclarera : « L’argent ne doit pas entrer dans cette maison ».
1966. Naissance de l’O.R.T.F, « Office de Radiodiffusion et de Télévision Française », confirmé comme monopole d’Etat.
Mai 1968, on approche les 10 millions de récepteurs.
Formidable marché potentiel pour les annonceurs publicitaires et les acteurs majeurs de l’économie. Le 22 mars, le mouvement de contestation étudiant se déclanche autour du thème « changer la vie ». Les journalistes de l’ORTF, muselés, les réalisateurs et les techniciens saisissent l’occasion pour lancer une grève générale. Tous les magazines d’information seront supprimés, « Cinq Colonnes » compris.
On sait la suite. 1969, le Général de Gaulle quitte le pouvoir. Georges Pompidou devient président de la République.
Fin 1969, la publicité fait son apparition sur les écrans. En mai 1994, le président Giscard D'Estaing décide l'éclatement de l'ORTF en cette société. La dérive destructrice est en route. Il y a aujourd'hui plus de 45 millions de récepteurs. Et il reste encore tant de choses à dire pour comprendre.
Le 8 janvier 2008, d’un coup, en quelques mots, Nicolas Sarkozy a renversé la table.
Voyons voir…
